L’appel de
Bellême

En 2015, je pars de Paris pour voyager sur les routes de France en 4L. Pendant 5 mois, je vais vers l’inconnu à la rencontre du paysage et de mes compatriotes pour en rapporter des images afin de concevoir un film documentaire sur le thème de la fuite, fuyant moi-même ma vie, un quotidien trop oppressant et un manque de connexion avec le monde.

Un départ un peu timide, car mon premier arrêt ne fut pas chez des inconnus, mais chez une amie tout près d’ici, au Gué-de-la-Chaîne. Lors de ma visite, nous marchons dans les forêts du Perche et nous visitons Bellême. La forêt, la région et cette ville me plaisent. Quelque chose m’attire.

Un an plus tard, je rends à nouveau visite à cette amie. Nous marchons à nouveau dans Bellême. J’ai alors en tête de m’éloigner du milieu urbain, et de plus en plus cet endroit me fascine. Je reçois un coup de fil de ma mère et lui explique où je suis. Sa réponse est un choc :

« Tu es à Bellême ? C’est là où est enterré ton arrière-grand-père ! ». J’ai du sang normand certes, mais je n’avais aucune connaissance de cela. Ici, mon ancêtre m’appelle.

Trois ans (et 8 déménagements) plus tard, après avoir été longuement perdu et après une colocation non loin d’ici dans le Perche, l’accouru*  que je suis devenu, arrive enfin à Bellême. C’est ici que mon chemin me mène.

Il y a six ans, en partant sur les routes de France, en étant partout et nulle part à la fois, je souhaitais me retrouver, voir et comprendre mon pays, me sentir chez moi. Bien sûr, à l’avenir je resterai ouvert et j’irai toujours à la rencontre du monde. Mais la différence est que je sais maintenant que chez moi est ici.

*Nom donné aux “étrangers du pays“ qui ont découvert le Perche et accourent pour y retourner.

L’appel de
la forêt

On a beau fuir, notre ombre nous suit aussi. Si aujourd’hui ma vie est ici, “à la campagne“ dit-on dans les grandes villes, “au vert“ disent les accourus, mes démons me suivent aussi. Je tente de les apaiser depuis longtemps, mais ils continuent à surgir dans les moments les plus inattendus. Je les apaise, je les retiens pour mieux les comprendre, mais ils filent à toute allure, me faisant douter de tout.

La forêt m’appelle, alors je fuis à nouveau. Je marche, j’erre sans but réel, je m’égare, je me dirige vers la perte de moi-même. Je l’ai compris sur les routes de France quelques années auparavant, c’est en s’oubliant que l’on finit par se trouver soi-même. Dans cette fuite, j’emporte mes peurs aussi. Dans ce vaste endroit je respire et mes peurs se calment.

Elles sont plus douces, elles s’évanouissent et deviennent une énergie, un moteur. Être en pleine nature est une thérapie. On se retrouve confronté aux éléments, au froid, à la chaleur, à la pluie, au vent, à la brise qui nous amène à nous oublier. Les démons disparaissent un instant et laissent place à l’évasion et enfin, à la contemplation.